La violence sexuelle

La violence sexuelle est peut-être la plus difficile à identifier et à nommer. De toutes les formes de violence conjugale, c’est celle qu’on a tue le plus longtemps. Est-ce vraiment étonnant ? Après tout, jusqu’à 1983, le viol entre conjoints n’existait pas aux termes de la loi ! Le « devoir conjugal »- vous vous rappelez les mots de l’Église?- faisait partie des « services » qu’un homme pouvait attendre du mariage. L’enquête sur la violence envers les conjointes dans les couples québécois (1998), indique que 124 000 Québécoises ont vécu au moins un comportement de violence sexuelle de la part de leur conjoint ou de leur ex-conjoint au cours d’une période de 12 mois.

Quelles formes prend cette violence? L’homme force sa compagne à avoir des rapports sexuels avec lui ou avec d’autres personnes. Il peut aussi l’obliger à avoir des relations à plusieurs. Pendant le rapport sexuel, et sans qu’elle le veuille, il l’attache, lui mord les seins, la pénètre par l’anus, tout en la traitant de putain, de salope, de cochonne, etc. Il l’oblige à porter des vêtements transparents ou d’autres accessoires. Parfois, il la force même à se prostituer.

La violence sexuelle peut aussi revêtir un aspect psychologique. Un homme peut intimider ou humilier sa conjointe en la comparant à d’autres femmes, aux femmes « sex-symbol » des pages couvertures de magazines ou de sites Internet pornographiques. Il peut la harceler ou la menacer, implicitement ou explicitement. Il peut l’obliger à regarder du matériel pornographique et l’obliger à faire comme le couple dans le film. L’enquête menée en 1987 par le Regroupement des maisons d’hébergement auprès des femmes hébergées indiquait que 63,7% des conjoints violents étaient de grands consommateurs de porno; on peut supposer qu’avec une plus grande accessibilité aux sites pornos sur Internet depuis quelques années, la consommation de ce type de matériel ne peut que s’accroître. Dans tous les cas, l’intégrité même de la femme en souffrira.

La violence sexuelle est celle que les femmes violentées reconnaissent et admettent le moins facilement. Sans doute parce qu’elle ébranle les fondations mêmes des relations hommes/femmes dans une société où la sexualité définit l’essence des conditionnements masculins et féminins. Se faire violer, par exemple, atteint une femme plus profondément, dans ce qu’elle est comme femme, que se faire casser  deux côtes.

  • T’es juste bonne à baiser !
  • Aussitôt que les policiers étaient partis, il voulait faire l’amour.
  • Il refuse de mettre un condom malgré les risques !
  • T’es juste une salope.  Une vraie chatte en chaleur.  Tu regardes les hommes comme si tu voulais te faire sauter !
Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale, "La violence conjugale… c’est quoi au juste?", Montréal, 2000.
 

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