Les conséquences à long terme chez les enfants

Les conséquences à long terme ne se traduisent pas aussi visiblement que les conséquences à court terme. Nous croyons que la socialisation des filles et celle des garçons les prédisposent déjà à réagir de façon précise à la violence. Lorsqu’un enfant grandit dans une famille où son père ou le conjoint de sa mère est violent, il apprend un modèle de socialisation très stéréotypé : l’homme violent et dominant, et la femme soumise par peur. Les messages que le garçon et la fille reçoivent alors sont très aigus et concrets quant aux valeurs sexistes sous-jacentes.

Les positions des parents sont considérées comme des éléments d’influence majeure en fonction desquels l’enfant adopte des conduites jugées désirables et acceptables ou non par ses parents et de ce fait, les enfants intériorisent les formes de comportements, les valeurs, les coutumes, les traditions qui sont acceptées dans la famille et dans la société. Ainsi, les enfants qui évoluent dans un milieu violent sont exposés à un type d’apprentissage où les rôles traditionnels sexistes seront fortement intériorisés.

Non seulement ils sexualisent les rôles parentaux, mais ils associent l’impuissance à la mère; la force, la violence et le pouvoir au père.

Les messages sociaux que les enfants reçoivent en ce qui a trait aux rôles et aux fonctions sexistes viennent confirmer et renforcer cette vision sexiste et patriarcale développée dans la famille et dans la société. Le garçon apprend qu’il peut se servir de la violence pour soumettre les femmes et les enfants. L’intégration du rôle masculin (forces, censure des émotions, domination, rôle de pourvoyeur) favorise le recours à la violence avec les femmes et les enfants.

Les rôles traditionnels sexistes ont permis l’exercice du pouvoir par les hommes sur les femmes et les enfants.

Donc, la socialisation victimisante des filles, confirmée par la violence paternelle et l’impuissance maternelle, va influencer grandement le développement personnel de ces dernières ainsi que leurs comportements dans leurs relations futures.

La socialisation de la fille s’avère (…) restrictive, ce qui entraîne des répercussions sur son développement moral et son sens des responsabilités.  Le modèle proposé la prédispose au rôle de bonne mère et de bonne épouse. Loin d’être entraînée à être socialement active et à prendre du pouvoir, la fille est préparée à soutenir les autres.

La socialisation des garçons n’est pas victimisante mais plutôt toute puissante; on leur apprend à être dynamiques, fonceurs, agressifs et centrés sur eux : « Le garçon est peu limité dans ses accès, ses envies ou ses désirs. Il découvre que lorsqu’il veut quelque chose, il n’a qu’à le demander ou même à le prendre. Bref, il n’a pas à se soucier des autres; il a le privilège de détenir un pouvoir sur sa famille et de vivre dans une société centrée sur les droits des hommes (…).»

Cette préparation différenciée des filles et des garçons par la socialisation les amène à intégrer des comportements différents selon leur sexe lorsqu’ils vivent dans un milieu violent. Les filles auront tendance à intégrer l’impuissance de leur mère, et les garçons, la toute puissance de leur père.

Depuis que la recherche s’intéresse à la violence conjugale et à ses répercussions chez les enfants qui y sont exposés, on tente de démontrer que les garçons vivent des conséquences à long terme plus graves à vivre dans un milieu familial violent que les filles... Pourquoi?

Est-ce parce que les filles intériorisent l’oppression, se replient sur elles-mêmes, deviennent anxieuses, peureuses, se culpabilisent, se responsabilisent de la situation de violence? Est-ce parce qu’elles développent un sentiment d’impuissance qui les paralyse au lieu de les rendre agressives?

De façon générale, on s’attend des femmes à ce qu’elles aient des attitudes de soumission; alors une fille qui grandit dans un milieu familial violent ne fait que correspondre un peu plus à ce qu’on attend des femmes dans notre société. On ne sera pas porté à interpréter son impuissance comme une conséquence grave de la violence même si cela l’handicape tout au long de sa vie.

N’est-ce pas aussi dévastateur pour une fille d’être continuellement dans le doute de sa valeur, de ses capacités, de sa force, et de retourner son agressivité contre elle? De penser qu’elle n’a aucun pouvoir, ni aucune chance de s’en sortir? De croire qu’elle attire les hommes violents, qu’elle doit aimer ça? Qu’elle aime trop et mal?

Les « penseurs » ont tendance à croire que ces conséquences sont banales et légères, nous ne sommes pas de cet avis. Les conséquences à long terme, de vivre dans une famille où il y a de la violence conjugale sont aussi dévastatrices pour les filles que pour les garçons. Bien sûr, socialement, elles ne sont pas très dérangeantes… Ce n’est pas avec une telle opinion d’elles qu’elles vont faire des vagues. Aux yeux de tous, elles sont correctes, à leur place. Les répercussions se situent plus à leur niveau personnel et non contre les autres. Elles ne nuisent pas à la société patriarcale, elles la renforcissent! Ce qui peut expliquer le silence qui les entoure.

Le fait que, socialement, on ignore les conséquences chez les filles, ne fait que valider, normaliser et renforcer ces conséquences. Aucune démarche de prévention n’est alors entreprise et ces filles ne reçoivent pas de support psychologique.

Quand on parle des garçons, on parle de problèmes d’extériorisation (comportements agressifs, délinquance) assortis de problèmes d’internalisation.

«(…) Bon nombre des problèmes des garçons étaient liés à des interactions sociales peu appropriées, par exemple, agressivité à l’égard des pairs, penchants à détruire, sautes d’humeur et désobéissance. »

Les comportements des garçons dérangent plus clairement car ils sont dirigés souvent contre les autres dans un but de contrôle. Même si implicitement, on « accepte » la suprématie masculine, un garçon en tant qu’enfant ou adolescent doit quand même se plier à l’autorité parentale ou à celle des autres adultes.

Il est important de travailler à la prévention des conséquences à long terme avec les filles et les garçons exposés à la violence, car elles sont marquantes et dévastatrices pour ces derniers et parce qu’elles entretiennent et perpétuent le système patriarcal.

Pour travailler la prévention des conséquences à long terme, il faut obligatoirement tenir compte de la socialisation sexiste des enfants et la victimisation des filles. Il faut réaliser que dans un milieu violent, il n’y a pas de place pour questionner les rapports de pouvoir, pour négocier ou revendiquer. Les filles et les garçons qui grandissent dans ces milieux ne développent pas de capacités saines à prendre leur place et à être respectés. 

Il faut faire attention et ne pas généraliser à tous les enfants les mêmes effets de la violence. Même si tous les enfants ont souffert du fait de vivre et grandir dans la violence, certains s’en sortent mieux que d’autres. 

 
Source: Pour que nos filles et nos fils...échappent aux pièges de la violence.

 

 

 

 

 

 

 

 

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